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Conseil municipal de Poa : « Notre véritable satisfaction, c’est d’avoir sauvegardé la cohésion et l’union dans notre commune », le maire Daouda Bagué

LEFASO.NET | Oumar L. OUEDRAOGO

jeudi 10 août 2017

A l’ère de la décentralisation, à chaque exécutif local son ingéniosité. C’est, du reste, la vocation même de la gouvernance décentralisée dans laquelle le Burkina s’est engagé depuis quelques années. Dans cette dynamique de développement donc, si certains conseils municipaux ont opté de mobiliser l’essentiel de leurs énergies pour des querelles politiques et autres intérêts personnels, on peut aussi se réjouir des efforts déployés au quotidien par ces multiples autres pour répondre aux attentes de leurs populations, réduire un tant soit peu les souffrances et, partant, contribuer à la construction nationale. Est de cette ‘’liste heureuse’’, le conseil municipal de Poa. Dans le cadre de notre rubrique dédiée à la vie des communes, nous avons rencontré le maire de cette circonscription sise à environ 70 kilomètres à l’ouest de la capitale. Au four et au moulin..., Daouda Bagué aborde dans cet entretien, différents pans de la vie de la commune dont il a en charge la gestion, il y a maintenant une année, Poa.

Conseil municipal de Poa : « Notre véritable satisfaction, c’est d’avoir sauvegardé la cohésion et l’union dans notre commune », le maire  Daouda Bagué

Lefaso.net : Comment peut-on présenter la commune rurale de Poa et comment se porte-t-elle à ce jour ?

Daouda Bagué : De son histoire, Poa serait fondé par les « Sikomsé », venus de Manga (région du Centre-sud, ndlr) en quête de chefferie et de terres cultivables. En effet, le site (actuelle Poa, ndlr) était une forêt d’Acaciassp que le premier venu, du nom de Toubou, est arrivé à percer ; d’où « poagamin » (littéralement : percer, accéder à quelque chose). « Poagamin » devient, par déformation, Poa. Poa a été érigé en commune à l’issue de la communalisation intégrale en 2004.

Elle a pour devise « Poakiil tonte saabo » qui fait référence à un lieu sacré dont l’eau ne tarit jamais.Quant à la situation géographique, la commune de Poa est à 30 km de Koudougou (Chef-lieu de la province du Boulkiemdé et de la régiondu Centre-ouest) et à 70 km de Ouagadougou. La commune est limitée au nord par les communes de Nandiala et Kindi, au nord-est par la commune de Sourgoubila (dans la province du Kourwéogo), au sud par la commune de Sabou, à l’est par celles de Kokologho et Bingo et à l’ouest par la commune de Ramongho. La commune couvre une superficie de 231km² pour une population estimée en 2006 à 30 317 habitants, soit une densité de 131,24 hts/km². Poa regroupe dix villages repartis en 44 quartiers.

Lefaso.net : Vous êtes un des responsables d’un grand groupe de Transport, comment arrivez-vous à concilier les deux obligations qui, on imagine, sont exigeantes ?

Daouda Bagué :Je suis actuellement le directeur général adjoint (DGA) de la Société Kanazoé et frères (SOKAF) et j’accompagne et participe, à côté du directeur général (DG), à la gestion quotidienne de la société.

Le transport est une activité continue, car les camions circulent tous les jours et il faut répondre aux besoins des conducteurs et des partenaires à tout moment.
J’avoue que c’est difficile, mais mes patrons m’autorisent et me donnent des facilitations pour répondre aux sollicitations de la commune.

Chaque week-end, et chaque lundi matin, j’ai une séance de travail ou de concertations avec les adjoints au maire et le personnel (secrétaire général et comptables, etc.) de la mairie pour planifier, organiser et contrôler les activités. Avec l’appui des adjoints, conseillers et le personnel de la mairie, nous arrivons, Inch’Allah, à gérer la commune.

Lefaso.net : En termes d’atouts, que peut-on retenir de cette commune dont vous avez en charge la gestion ?

Daouda Bagué : Les principaux atouts de notre commune reposent essentiellement sur l’agriculture et l’élevage (petits ruminants, embouche bovine, volaille). Si nous mettons l’accent sur ces activités ; en termes de formation, d’équipements, d’appuis-conseils et de micro-finances, nous pouvons contribuer à augmenter les revenus des hommes et des femmes qui habitent dans cette commune rurale. Ce d’autant que la commune est bien située, elle est traversée par la route nationale (RN°14) et cela donne un avantage comparatif dans l’écoulement de nos produits.

Les acteurs du commerce viennent facilement de la capitale pour se ravitailler en produits d’agriculture et d’élevage. En dehors de ces deux secteurs d’activité, nous avons le petit commerce qui se développe avec les femmes et les hommes qui s’adonnent au commerce des produits de l’artisanat, d’industries, de la cueillette, de la transformation, etc. Nous avons aussi le secteur du tourisme avec pas mal de sites qui, s’ils sont bien aménagés, peuvent attirer des touristes.

Nous avons le barrage de Yaoguin qui contient des caïmans qui peut être valorisé et bien d’autres sites à l’image du site de la famille royale (qui est même un projet en cours du ministère de la culture en vue de sa restauration). On a également des troupes de danse à travers différents villages qui sont un pan de la richesse culturelle et touristique de notre commune. On ne peut aussi oublier la poterie qui est un secteur qui mérite d’être organisé et accompagné.

Lefaso.net : Peut-on avoir un aperçu du Conseil municipal de Poa et comment se passe la cohabitation entre conseillers des forces politiques ?

Daouda Bagué : Le Conseil municipal compte 21 conseillers, dont onze conseillers sont issus du parti majoritaire (MPP) ; de deux partis de l’opposition que sont la NAFA et l’ADF/RDA qui comptent respectivement six et quatre conseillers.

Comme vous l’avez constaté partout pendant la mise en place des exécutifs locaux, il y a eu des difficultés, mais Dieu merci, nous avons privilégié l’intérêt supérieur de la commune. Nous nous sommes entendus pour sauver la commune. Pour nous, il s’agit de véritablement servir notre commune pour l’intérêt des populations. Vous avez donc un maire issu du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès, parti au pouvoir, ndlr) et les deux adjoints sont de l’opposition.

Nous avons également les Commissions permanentes qui travaillent et les sessions sont parfois houleuses, parce que le niveau est élevé. Ce n’est pas comme de par le passé où dans certaines communes rurales, les gens ne s’intéressaient pas trop, c’étaient seulement quelques individus qui tenaient les affaires. Aujourd’hui, nous avons un Conseil municipal dont le niveau est élevé, le débat est élevé, si fait qu’au finish, c’est la démocratie qui gagne.

Lefaso.net : Pas de boycott, comme on le vit malheureusement dans nombre de conseils municipaux ?

Daouda Bagué : En une année de gestion, nous n’avons enregistré aucun boycott. Il y a des absences, mais souvent motivées par des procurations. Les votes se passent bien donc, avec parfois des abstentions et des votes contre. Mais, les autres se soumettent à la volonté de la majorité, comme le veut la démocratie.
Lefaso.net : Dès votre prise de service, quelle a été la priorité de départ de votre équipe ?

Daouda Bagué : J’avoue que l’une des priorités, c’était d’assurer d’abord la cohésion sociale. Car, comme je l’ai dit, la mise en place de l’exécutif local n’a pas été facile. Ce qui m’a poussé à accepter cette charge de la commune, c’est servir l’intérêt général. Ce, d’autant que je n’étais pas pressenti au départ pour gérer la commune, c’est suite aux difficultés que je me suis vu obligé d’accepter de prendre les rênes .Beaucoup de missions ont été effectuées pour que les gens s’entendent pour le choix du Maire.

Le jour des élections, il y a eu 16 conseillers sur 21, qui ont accepté que je conduise l’équipe communale pendant ce mandat pour accompagner la mise en œuvre des actions dans les divers secteurs d’activité de la commune. Donc, la priorité, c’était la cohésion. Ensuite voir des actions dans les trois secteurs de priorité (santé, éducation et l’eau). Des chantiers qui étaient en cours à ce niveau, c’était donc notre devoir de les achever.

Lefaso.net : On peut présupposer que vous faites partie des rares communes de ce statut à ne pas souffrir d’enclavements, externe comme interne !

Daouda Bagué : Effectivement, comme nous avons la chance que, de par notre position géographique, la RN°14 traverse notre commune, c’est déjà un atout pour faciliter la mobilité. Egalement, des pistes avaient été aménagées (même s‘il est aussi vrai que certaines de ces pistes méritent des entretiens). C’est dire qu’il y a quand même quelques zones où les pistes méritent des retouches, parce qu’elles sont dégradées (plus de 50% des pistes sont dégradées).

Mais, on peut dire que nous avons la chance parce qu’à travers un programme financé par la Coopération suisse, et avec le soutien de l’Etat, nous venons d’aménager une piste de près de cinq kilomètres qui va nous permettre de désenclaver deux villages en même temps, qui étaient difficilement praticables, même en saison sèche, à plus forte raison en saison de pluies (la réception provisoire est prévue pour demain, 27 juillet 2017).

Lefaso.net : Pour ce qui est de l’accès à l’eau potable, à ce jour, comment jugez-vous cette préoccupation de départ ?

Daouda Bagué : En la matière, on peut dire que nous avons une situation acceptable. Mais, il est vrai qu’il y a des zones qui vivent toujours des difficultés dans ce sens et nous sommes en train de mobiliser des partenaires, avec l’appui de l’Etat, pour pouvoir réaliser d’autres forages. Nous avons déjà lancé les procédures de recrutement des prestataires pour la construction de forages dans ces zones et dans certaines écoles où le besoin se fait sentir.

Lefaso.net : Parlant d’éducation, c’est l’un des casse-têtes chinois pour les communes, quelle est la situation à votre niveau ?

Daouda Bagué : En une année de gestion, on peut noter qu’en la matière, il y a des insuffisances en termes de classes et de tables-bancs, que nous sommes en train, de résoudre par la construction de salles de classe, grâce à l’appui de l’Etat et de partenaires (du Fonds permanent pour le développement des collectivités , CADEPAC, etc.)

Nous avons construit trois salles de classe dans le village de Loaga, trois salles à Poa-centre. La commune est jumelée depuis plus de deux décennies maintenant, à une commune française du nom de Vandœuvre-lès-Nancy, qui vient chaque année pour des visites avec les élèves et qui construit pratiquement deux salles de classe par an. L’an passé, la délégation a construit deux salles de classe. Cette année également, la commune est là, avec son maire, et est en train de construire. Donc, petit-à-petit, cette question est en train d’être résolue et je pense que d’ici à 2020, on ne parlera plus d’écoles sous paillottes dans notre commune.

Lefaso.net : Après une année de gestion, quel est le bilan qu’on peut dresser du fonctionnement de la commune ?

Daouda Bagué : Nous sommes sur le bilan. C’est vrai que nous avons été installés en fin juin 2016, mais nous avons lancé les activités du Conseil municipal le 6 août 2016. Nous prévoyons, le 19 août 2017, tenir notre journée de redevabilité devant la population pour lui faire le bilan annuel et à elle de juger et critiquer pour que nous puissions faire mieux pour les années à venir. Ce n’était pas simple. Dès le départ, la gestion communale n’est pas simple, c’est un sacrifice. Mais, quand on a la volonté de bien faire, avec le soutien du Conseil municipal et de la population, on peut y arriver.

On ne pourra pas tout faire, mais, on doit pouvoir résoudre au fur et à mesure les difficultés auxquelles nous sommes confrontés. En une année, nous avons construit des forages, des salles de classe, des CSPS (Centre de santé et de promotion sociale), accompagné des mobilisations sociales dans certains villages pour que les populations entretiennent tous les samedis, certaines pistes exposées à la dégradation. Nous avons également initié des projets au profit des femmes et des jeunes, notamment dans le domaine de l’élevage.

Nous avons accompagné 112 femmes de la commune, grâce à l’appui de la Coopération suisse dans le domaine de l’élevage, chaque femme a eu dix poules et un coq pour commencer son activité d’élevage. A la faveur du 8 mars 2017, que les femmes de la commune ont organisé, nous venons de lancer un projet de petits ruminants, appelé « 200 chèvres » pour 200 femmes rurales de la commune. Sur ces 200 chèvres lancées, nous avons déjà octroyé 70 chèvres à 70 femmes pour leur permettre de démarrer leur activité économique.

Par la suite, nous allons renforcer la mobilisation financière, parce que nous comptons non seulement sur le Conseil municipal, mais également sur les ressortissants de la commune et les bonnes volontés. D’ailleurs, sur ce projet « 200 chèvres », il y a deux ressortissants de la commune à Ouagadougou (à Sankar-yaaré, que je remercie au passage), Souleymane Nana et Dramane Nana, qui ont promis de donner 100 chèvres, et ils ont déjà débloqué la somme de 50chèvres pour les femmes.

En tant que maire, j’ai donné 20 chèvres, soit 70 au total, pour accompagner le développement économique et social des femmes dans la commune. Il y a bien d’autres initiatives telles que des formations sur le renforcement de capacités, l’entreprenariat, le civisme fiscal, etc., pour améliorer non seulement la communication entre la commune et les populations, mais également pour répondre aux impératifs de bonne gouvernance dans la commune.

Lefaso.net : En attendant le bilan dans quelques jours, personnellement, au regard de la philosophie qui vous a poussé à prendre les rênes de la commune, quel sentiment vous anime en ce moment ?

Daouda Bagué : Au-delà des réalisations matérielles, je pense qu’il y a un motif de satisfaction. Mais, il appartient aux populations et aux autres acteurs qui nous regardent, de nous juger. Sinon, le fait que nous avons pu sauvegarder la cohésion et l’union dans notre commune, c’est cela la véritable source de satisfaction. Il y a la quiétude, contrairement à d’autres communes où il y a eu des troubles, des blessés.

Chez nous, ce n’était pas simple, mais la tolérance et la démocratie l’ont emporté et nous sommes en train de dérouler notre programme progressivement, sur la base du Plan communal de développement qui existe (de 2013 à 2018) en conformité avec les axes du PNDES. Au cours de cette année, nous allons actualiser ce Plan communal de développement pour fixer le cadre 2018-2023, puis passer à certaines réalisations concrètes. Ce qui va aussi permettre à l’équipe qui va nous succéder de poursuivre sur un document de travail qui existe. Comme nous aussi, avons hérité, dès notre arrivée, d’un Plan communal de développement.

Lefaso.net : Quelle est la place des ressortissants de la commune dans votre schéma d’action ?

Daouda Bagué : On ne peut pas faire un développement cohérent d’une localité sans la contribution de ses ressortissants. Que ce soient ceux qui vivent dans des localités du pays qu’à l’étranger. Les ressortissants ont fait des réalisations, individuellement comme en associations. C’est aussi le cas en termes de mobilisations sociales pour pouvoir soutenir certaines activités d’envergure communale.

C’est le cas en sport avec la coupe « BEOOGO » avec notre aîné, Seydou Bouda (administrateur à la Banque mondiale) qui existe depuis une quinzaine d’années et qui permet non seulement aux jeunes de s’épanouir, mais contribue aussi au rayonnement de la commune. On a également l’action de l’association « Action vitale » qui organise la Fête du poulet et qui est animée par des ressortissants et d’autres personnes dans la localité.

On a pas mal d’organisations ou d’actions individuelles de ce genre au profit de la commune (construction d’écoles et bien d’autres investissements). Sans oublier l’apport social des ressortissants à des familles restées dans la commune. C’est pourquoi, nous souhaitons que les ressortissants, partout où ils se trouvent, puissent maintenir un regard en direction de leur commune afin de l’accompagner dans son élan de développement.

Lefaso.net : Quel message pour clore notre entretien ?

Daouda Bagué : Le message, c’est d’abord à l’endroit des populations, leur dire de toujours cultiver l’esprit de solidarité etde tolérance. C’est très important pour assurer la mise en œuvre des activités de la commune. Je leur demande aussi d’être patientes, parce qu’on a des ambitions, mais on n’a pas tous les moyens nécessaires pour dérouler ici et maintenant notre programme. C’est au fur et à mesure que nous mobilisons les Fonds, grâce à l’appui des uns et des autres, que nous arrivons à mettre en œuvre certaines activités.

A l’endroit des ressortissants, je souhaite qu’ils s’impliquent davantage à travers les différents cadres de concertations, les différentes associations. Qu’ils puissent mener des activités dans les villages pour assurer un développement socio-économique équitable au profit des populations (ils le font déjà, mais je pense qu’on peut encore mieux faire et je ne doute pas qu’ils vont continuer à le faire).

Au Conseil municipal, j’exhorte à l’esprit de fraternité, de détermination, d’unité et de cohésion, pour faciliter la mise en œuvre des activités de l’exécutif local dans l’ensemble des villages de la commune.

A l’image de ce que nous avons vu ailleurs, notamment au Sénégal lors d’une mission financée par la Coopération suisse en mars dernier, nous pensons que l’Etat doit prendre des mesures pour accompagner véritablement les communes. Quand on parle de développement, c’est d’abord dans les communes rurales et je pense que l’Etat doit engager des réflexions, trouver des voies et moyens pour renforcer les communes rurales en ressources financières, humaines et matérielles afin de faciliter la mise en œuvre et le suivi des activités.

Je dis merci à Lefaso.net qui nous donne ainsi l’opportunité de pouvoir présenter notre commune non seulement aux Burkinabè de l’intérieur, mais également aux Burkinabè et aux ressortissants vivant à l’extérieur.

Interview réalisée par Oumar L. Ouédraogo
(oumarpro226@gmail.com)
Lefaso.net

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