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Vie des communes : « L’Etat doit être ferme, catégorique sur le rôle des conseillers municipaux », suggère Abdoulaye Yaogo, secrétaire général de la mairie de Poa

LEFASO.NET | Oumar L. OUEDRAOGO

vendredi 17 novembre 2017

A cheval entre l’administration publique et le politique, le « secrétaire général de mairie » est un maillon essentiel de la vie des communes. A la faveur de la journée de redevabilité du Conseil municipal de Poa (voir au bas de l’interview), le 9 septembre 2017, nous avons rencontré le secrétaire général de cette circonscription territoriale, Abdoulaye Yaogo. Dans cette interview qu’il a bien voulue nous accorder, M. Yaogo fait un zoom sur les missions dévolues à ce poste au sein des communes et donne une lecture sur le processus de décentralisation en cours au Burkina.

Vie des communes : « L’Etat doit être ferme, catégorique  sur  le rôle  des  conseillers municipaux »,  suggère Abdoulaye Yaogo, secrétaire général de la mairie de Poa

Lefaso.net : Quelles sont les missions dévolues à un secrétaire général de mairie ?

Abdoulaye Yaogo : Le secrétaire général a un rôle de coordination des actes administratifs de la mairie. Il est aussi la jonction entre la mairie et les services techniques déconcentrés de l’Etat avec l’autorisation du maire. De façon claire, lorsqu’un service technique de l’Etat a besoin d’informations à la mairie ou vice-versa, il fait référence au secrétaire général qui, s’il n’a pas les informations, peut s’informer auprès du service compétent indiqué. Le troisième rôle, c’est d’accompagner la politique du maire (le maire étant élu sur la base d’un programme).

A cet effet, dès son arrivée, le maire lui confère un certain nombre de pouvoirs, notamment la délégation de signature pour certains actes. Pour ce qui me concerne, en plus des classiques déjà citées, j’ai été nommé officier d’état civil délégué pour aider le conseil à ce que les extraits d’acte de naissance ne durent pas dans les bureaux (réduction du délai de délivrance des actes). Ce qui me permet de jouer le rôle d’officier d’état civil aux côtés du maire et ses deux adjoints qui sont d’office officiers d’état civil.

On constate souvent une sorte de conflit de compétences entre la mairie et certains services déconcentrés, notamment la préfecture. Comment appréciez-vous le niveau de collaboration entre votre mairie et ce démembrement de l’Etat, quand on sait que les deux entités partagent le même espace territorial ?

C’est certainement une question de compréhension. Ces amalgames sont souvent dus au fait que certains ne comprennent pas les attributions de chacune des deux entités. La mairie, c’est le volet politique, la préfecture, le volet technique (si on peut caricaturer ainsi). Les deux interviennent, certes, dans le même espace territoriale, mais avec des compétences différentes.

Normalement, le préfet contrôle l’action du maire ; le préfet vient en appui-conseil au maire et coordonne tout ce qu’il y a comme activités dans le cadre du développement (le préfet représentant le président du Faso). Mais certains, n’ayant pas compris, trouvent que le préfet s’immisce dans les activités du maire alors que ce n’est pas le cas, ce sont plutôt eux qui ne comprennent pas les différentes missions assignées à chacun. C’est comme le gouverneur qui, à l’échelle de la région, coordonne les activités des hauts commissaires de son espace territoriale, le haut-commissaire, au niveau provincial, coordonne les activités des communes de son ressort territoriale.

Le haut-commissaire, qui a plusieurs communes, n’est pas autant perçu ; parce que l’espace territorial n’est pas confondu, contrairement au préfet qui partage le même territoire avec la mairie. C’est certainement cela qui pose des problèmes à certains. Sinon, pour ceux-là qui savent faire la part des choses, il n’y a vraiment pas de conflit.

Le secrétaire général de mairie prend-il part aux sessions du Conseil municipal ?

Oui, il prend part en tant que technicien. C’est dire qu’il n’a pas droit aux débats, ni aux votes. De la sorte, si au cours de la session, il y a des questions techniques auxquelles le maire n’arrive pas à trouver des réponses, il peut se référer à son secrétaire général pour répondre. Le préfet est également convié aux sessions ; il est aussi-là pour observer, il n’a pas droit aux débats, ni aux votes. Mais, il peut être également sollicité sur des questions techniques. Le haut-commissaire est convié, mais le plus souvent, c’est le préfet le représente.

De façon générale, comment est structurée une mairie, organiquement ?

Au-dessus, on a le Conseil (qui est l’ensemble du Conseil municipal ; les conseillers élus), suivi du maire (qui est un organe à part entière). On a ensuite le secrétaire général de la mairie, puis, les autres services rattachés. On peut aussi citer, dans l’organigramme, le bureau du Conseil composé du maire, des deux adjoints au maire et des quatre présidents de commission. Le Conseil ne peut avoir accès aux services qui sont au bas de la pyramide sans passer par le maire. Si le Conseil a par exemple une préoccupation à adresser au secrétaire général, il passe par le maire pour la soumettre au secrétaire général qui, à son tour, va voir parmi les services, celui qui est compétent pour la tâche qui est demandée. De la même manière, si le secrétaire général a une information pour le conseil, il passe par le maire pour le faire. C’est ainsi que nous sommes structuré à notre niveau..., et ça marche bien.

Le secrétaire général de mairie est un agent du ministère de l’administration territoriale..., à qui rend-il compte ici ?

C’est vrai..., mais hiérarchiquement, le secrétaire général répond directement du maire, qui lui-même répond du ministère de l’administration territoriale. Le secrétaire général est un agent du ministère de l‘administration territoriale, envoyé dans la commune pour accompagner l’action du maire. Mais, sa tutelle rapprochée, c’est le haut-commissariat, quand bien même c’est au maire qu’il rend compte. Par exemple, si le ministère de l’administration territoriale a besoin d’une information, il s’adresse au maire qui instruit à cet effet le secrétaire général.

Quelles sont les modalités par lesquelles on obtient un secrétaire général dans une mairie ; est-ce le maire qui adresse une demande au ministère de tutelle ou bien c’est institution d’office ?

Le maire exprime le besoin au ministère, en précisant qu’il a besoin d’un agent pour être secrétaire général. Dès lors, le ministère peut répondre favorable ou défavorable. Dans la dernière hypothèse, l’agent vient, prend service en tant qu’agent de la mairie d’abord.

Ensuite, le maire prend un acte pour le nommer comme secrétaire général de la mairie. S’il arrivait également que le maire ne le nomme pas comme secrétaire général, il est agent de la mairie. Tout comme le ministère peut envoyer quelqu’un dans une mairie, qui ne sera pas nommé secrétaire général (le maire peut dire qu’il a déjà quelqu’un comme secrétaire général). En ce moment, si l’agent décide de rester, il y reste comme agent. Si par contre, il ne veut pas y rester, il prend service, il dépose ensuite une cessation et retourne au ministère où il était tout comme le secrétaire général a droit de déposer une cessation de service. Donc, le secrétaire général a une mission claire.

Peut-on concevoir une mairie sans secrétaire général ?

C’est très difficile. Si le secrétaire général n’est pas là, il faut trouver vite un intérimaire. Une mairie peut fonctionner sans maire (même s’il est vrai qu’il y a certains actes qui ne pourront être posés), mais sans secrétaire général pour coordonner, ça devient encore plus difficile. Il a reçu une formation pour cela. Le secrétaire général est à la mairie ce que le secrétaire général est au ministère.

L’une des difficultés au niveau des Conseils municipaux, c’est la disponibilité des ressources humaines, le niveau de certains conseillers municipaux. Quel est le constat à votre niveau ?

C’est vrai, c’est une préoccupation au niveau des Conseils municipaux. Dans un conseil municipal, si vous avez des élus qui ne comprennent pas le français, ça devient compliquer pour le conseil. Souvent, pour les formations, si le formateur n’est pas quelqu’un qui comprend la langue de la localité, c’est sûr que les conseillers qui ne comprennent pas le français ne vont pas en profiter. Même si vous avez dans ce cas-là, un traducteur, ce n’est pas sûr qu’il soit fidèle dans les termes. Lorsqu’on donne des documents pour étude avant une session, c’est également compliquer pour quelqu’un qui n’est pas allé à l’école du blanc de pouvoir contribuer dans les débats.

Conséquence, les gens viennent s’asseoir aux sessions, deviennent des béni-oui-oui ; parce que leur voisin qui a peut-être compris quelque chose a dit oui, eux aussi ils disent oui. Ça, c’est vraiment une difficulté. Même des informations qu’on passe pour être répercutées aux populations (la mairie peut dire par exemple aux conseillers de sensibiliser leurs populations sur tel volet, en donnant les grandes lignes et laisser libre cours à chacun de développer les idées), c’est compliquer. Quand le conseiller, lui-même, n’a pas la mesure de la chose, il est très difficile qu’il fasse quelque chose à ce sujet pour ses populations et cela joue sur le développement. Pour ce qui nous concerne, Dieu merci, cette situation est minimisée ; parce que tous ceux qui occupent les premiers rôles sont bien assis intellectuellement. Quand les conseillers sont instruits, ça élève le niveau de débats et favorise une saine émulation au profit des actions de développement.

Une décennie maintenant que le Burkina est dans la décentralisation intégrale. Si vous avez des suggestions à faire aux plus hautes autorités, lesquelles seraient-elles ?

J’allais suggérer vraiment le renforcement de la formation des conseillers municipaux. Dès qu’un conseil est installé, avant son entrée en activité, il faut rapidement former ses membres. Il faut les former sur leur rôle, cadrer leurs actions, etc. Certains pensent que le fait d’être élus leur donne tous les droits. Il faut être catégorique sur les rôles ; ce qui est possible, ce qui ne l’est pas. Tant que les conseillers municipaux ne sauront pas qu’ils doivent discuter sur ce qui est décidé par le maire, c’est compliquer. Si ce que le maire dit ne rencontre pas l’assentiment de conseillers, ils doivent en discuter. Discuter ne veut pas dire dissensions. Renforcer aussi la capacité des agents des mairies, parce que souvent, dans certaines mairies, quand le secrétaire général est absent, tout est bloqué, ce qui n’est pas normal ; il faut former l’ensemble du personnel également.

Enfin, il faut aussi que l’Etat soit ferme sur certaines questions. Il n’est pas normal que pour des questions d’intérêts personnels, des gens boquent le fonctionnement d’un Conseil municipal, prenant ainsi en otage le développement des populations. Il faut faire comprendre aux conseillers qu’il y a un moment pour la politique (c’est la période de la campagne pour se faire élire) et un moment pour les actions de développement.

Oumar L. Ouédraogo
(oumarpro226@gmail.com)
Lefaso.net


Aperçu sur la « journée de redevabilité » du Conseil municipal de Poa

Sous la houlette de son premier responsable, le Conseil municipal s’est soumis, toute cette journée de samedi, 9 septembre 2017, à cet exercice qui a consisté à passer au peigne-fin, ses actions et ses réalisations de la période allant du 1er juillet 2016 au 1er juillet 2017. C’était autour du thème, « Développement local et participation citoyenne »

Installé le 29 Juin 2016, le Conseil municipal, dirigé par Daouda Bagué, est fort de trois partis politiques à savoir, le MPP (parti au pouvoir, 11 conseillers), la NAFA (opposition, 6 conseillers), l’ADF/RDA (opposition, 4 conseillers). C’est sur ce Conseil municipal que reposent également les fortes attentes des populations de Poa en matière de développement et de cohésion sociale. Face à ce défi, l’exécutif local a lancé, le 6 août 2016, ses activités qui s’inscrivent dans quatre axes stratégiques du Plan Communal de Développement (PCD 2014 – 2018) hérité du second conseil municipal et en adéquation avec le 2ème et le 3ème axes du Plan national de développement économique et social (PNDES).

Il s’agit de l’amélioration de l’accès des populations aux services sociaux de base (eau et assainissement, santé, éducation…), la dynamisation des productions agro-sylvo-pastorales, l’amélioration du secteur de soutien à la production, la gouvernance locale et le renforcement des capacités organisationnelles, institutionnelles et administratives des acteurs.

Ainsi, outre le volet administratif (mis en place de l’organigramme, effectivité des services…), l’année de gestion a été riche en activités socio-culturelles et sportives (organisation du séjour du maire de Vandoeuvre, France, et ses proches collaborateurs, assistance à des personnes vulnérables, résolutions de litiges, etc.).

Sur le volet renforcement des capacités et gouvernance locale, on note entre autres, le renouvellement des bureaux des Conseils Villageois de Développement (CVD) ; des sessions de formations au profit de couches de la population ; l’aménagement de la surface du marché de Poa ; des appuis au rassemblement des agrégats pour la construction de la maternité de Yaoguin et de l’école B de Yaoguin ; la mise en œuvre d’un Projet de 200 chèvres en faveur des femmes ; la réalisation de forages et de Centres de santé et de promotion sociale (CSPS), des assistances judiciaires, etc.
L’année a également connu la réalisation de plusieurs pistes rurales avec l’accompagnement de partenaires de la commune, la participation à des sessions de renforcement de capacités au plan national et à l’étranger au profit de membres du conseil, des actions de concertations avec les leaders d’opinion communautaires et différentes couches sociales, etc.

En termes de perspectives, mise à part la poursuite des actions en cours, on liste la mise en œuvre du comité de Gestion, entretien et Maintenance du patrimoine communal de la commune ; des réflexions sur le règlement des litiges relatifs aux lotissements et le renforcement de la gouvernance locale par la tenue effective du cadre de concertations communales.

Cette journée a été une occasion pour les populations de la commune pour partager leur ressentiment vis-à-vis de la conduite des affaires par leur exécutif local. Entre « reconnaissance et fierté pour les efforts déployés » par le Conseil municipal, certains administrés accostés à Poa-centre n’ont pas tardé, tout en exhortant l’équipe à maintenir le cap, à pointer d’autres ‘’défis majeurs’’ qui restent à relever.
Dans ce chapitre, et pour ce commerçant, la question des lotissements doit être réglée pour donner à Poa-centre, des leviers de son développement. « Vous avez votre parcelle, les gens viennent cultiver et engloutissent votre cour. C’est désagréable, ça crée des tensions entre les gens et c’est difficile de penser à des investissements pérennes. Le conseil municipal a beaucoup fait en une année, mais nous lui demandons aussi de voir cette question des lotissements, ça va permettre de rendre viables beaucoup de zones », a-t-il confié.

Outre ce point partagé par nombre d’interlocuteurs, le marché central de la commune a aussi fait l’objet de doléance. De l’avis de commerçants, le marché mérite d’être mieux valorisé. « Quand c’est bien construit, ça attire les gens de l’extérieur et ça fait profiter la commune. Mais quand le marché n’est pas bien construit, il ne peut pas être fortement fréquenté par les populations des localités environnantes. Il y a certes des efforts qui ont été faits à travers la construction de boutiques, mais nous pensons qu’il faut moderniser tout le marché », ont-ils émis. Pour eux, la position de la commune (située à environ 70 km de la capitale, route nationale N°14, également à une trentaine de kilomètres de Koudougou, chef-lieu de la région du Centre-ouest) est un grand atout à optimiser. A cela, s’ajoutent ses potentialités en termes de ressources (agricole, pastorale, artisanale, halieutique, etc.), disent-ils.

Une autre préoccupation soulevée est relative au poste de police, qui n’existe plus depuis 2011 (il aurait été incendié). Des habitants plaident, auprès du gouvernement surtout, pour sa réhabilitation effective (le bâtiment vient d’être reconstruit par le Conseil municipal et n’attend que des occupants).

« Ça va aider les populations non seulement en matière de lutte contre l’insécurité, mais également dans la délivrance de certains actes administratifs », a justifié un habitant.

« Mais, le plus capital pour tous, c’est de travailler, chacun, à ce que règnent la paix et la stabilité dans la commune. Si nous pouvons, nous commerçants, ouvrir nos boutiques, c’est parce qu’il y a la paix et la stabilité. Pour cela, il faut qu’on sache se parler ; que l’autorité sache parler à ses administrés, que les administrés sachent parler et se comporter avec les autorités, que les individus de la société sachent se parler », a-t-on recueilli.

Sur ce plan également, les interlocuteurs apprécient l’élan pris par leur Conseil municipal dans la préservation et la promotion de la cohésion sociale.

O.L .O
Lefaso.net

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